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  • Fauconnerie de l'Oise

Entretien avec Hélène Preveraud, Dessinatrice Animalière.

Bonjour Hélène. J’ai été très agréablement surpris par tes talents de dessinatrice après que tu sois venue nous rendre visite en 2018. Tu as su retranscrire nos oiseaux avec une finesse incroyable ! Les détails que tu as vu et dessiné sont bluffants, mais je ne suis pas objectif, ce sont mes oiseaux. Alors je suis allé voir d’un peu plus près ce que tu fais, et réellement tu as un talent fou! Les chiens sont vivants, leurs regards tellement précis, brillants de vitalité, le poil est si fidèlement exprimé qu’on sent sa texture. Je ne vais pas parler de toute ton œuvre en détail, mais vraiment, Fauconnerie de l’Oise est heureuse de parler de toi aujourd’hui.


J’imagine que pour arriver à ce niveau de précision tu as parcouru un long chemin. Raconte-nous, en quelques mots, ton parcours avec le dessin.


J’ai toujours dessiné et aimé dessiner. Je me souviens très précisément de dessins fait à l’école primaire. Puis j’ai dessiné faute de monter à cheval comme je le voulais, puis j’ai monté à cheval plus que dessiné... Au début des années 2010 avec l’explosion des réseaux sociaux et la visibilité incroyable qu’ils permettent j’ai commencé à dessiner beaucoup plus, à montrer mon travail, à intéresser des particuliers, à rencontrer aussi de fantastiques artistes qui m’ont poussée à monter des dossiers pour des expos et salons... Puis la fin de mes études et une orientation professionnelle me laissant beaucoup de temps m’ont permis de vraiment avoir la latitude pour dessiner à ma guise. Et du coup d’avoir l’opportunité de travailler assez intensivement. On me parle souvent de talent, je n’y crois pas, pas dans mon cas en tout cas, c’est avant tout des heures et des heures de noircissement de papier, d’essais, de ratés et de réussites, l’envie de faire aussi tout simplement. J’ai pris quelques cours quand j’avais une vingtaine d’années, assez pour acquérir un minimum de bases sur le travail des ombres et des lumières essentiellement, un des points les plus importants de mes dessins. J’ai pris des vrais cours, des trucs assez rébarbatifs ou on commence par apprendre à placer des formes, à comprendre la perspective, les ellipses... Beaucoup de cours visent avant tout à flatter l’ego des apprenants en ne passant pas par ces étapes très compliquées et parfois pénibles. Je me suis vu pleurer sur mon chevalet car ma pile de livre ou mes casseroles n’étaient pas justes. On gomme on refait, on éduque l’œil et la main.

Le dessin c’est beaucoup de temps d’observation, de la patience, prendre le temps de comprendre le sens d’un pelage, plumage, musculature, pour être au plus juste. Le dessin ne laisse pas de place à l’a peu près. Comme monter à cheval correctement d’ailleurs. Au nom de la « démocratisation » de tout et d’une période de « tout plaisir » on oublie qu’apprendre un art quel qu’il soit c’est difficile, douloureux. Et au final on ne sait rien.

Après il me reste toujours beaucoup à apprendre quant à la composition, je ne connais rien à la couleur, à la peinture... La route est longue.


J’ai pu constater que tu t’intéresses de près au monde de la chasse. En quoi la chasse est-elle un support aussi inspirant pour une dessinatrice telle que toi ?


Quand on dessine des chevaux on peut très vite être repérée par des amateurs de vénerie. C’est ce qu’il m’est arrivé. Des chevaux je suis passée aux chiens, aux renards, aux gibiers divers... Le tout avec l’insolente naïveté du débutant pour le coup ! Jusqu’à m’entendre dire que j’avais forcément chassé pour capter si bien un regard ou une attitude. Et non !

Il y a quelques années pour moi la chasse c’était le chenil un peu sale du voisin, ses chiens hyper bruyants et des fusils pétaradant de septembre à mars. La fauconnerie c’était un truc de spectacles en costumes bien sûr ! La pêche un hobby de papis grassouillets et patients et aussi sportifs qu’une palourde.

Et puis je suppose que j’ai eu la chance d’être curieuse et suffisamment ouverte d’esprit pour dépasser ces clichés. J’ai eu l’immense privilège de croiser la route de l’artiste Marcello Pettineo et d’écouter son parcours, son approche de la chasse, d’avoir ma propre curiosité piquée par ses connaissances, sa position d’entre deux, pas chasseur mais pas anti chasse. Ensuite ce n’est pas compliqué, nombre de chasseurs sont ravis de parler, d’échanger, faire découvrir, vous êtes plusieurs à m’avoir invitée assister à des chasses et c’est juste génial.

J’ai vécu de merveilleux moments en rencontrant un guide de chasse comme Florent Mathieu par exemple, ou vous avec la fauconnerie. En plus d’être une source inépuisable de sujets, la chasse, ou plutôt les chasses, sont absolument passionnantes.

Après du point de vue de mon approche personnelle du dessin animalier, j’ai d’abord été rattachée à l’art équin dont je me suis rapidement éloignée car je n’aime pas l’idée de dessiner un animal trop fantasmé et plié à un regard trop anthropocentrique. J’aime le dessin naturaliste, l’approche de l’animal dans toute sa justesse, sa réalité, même si elle est parfois triste ou dure. Étudier une bécasse ou un faisan fraîchement tué par un chasseur est un exercice très formateur artistiquement, et pas « macabre ».

Après pour être parfaitement honnête, la pêche et toutes ces méthodes en « no kill » me fascinent plus que la chasse, la pêche à la mouche notamment. C’est merveilleusement beau et j’aimerai beaucoup apprendre. Et définitivement pas le sport mollasson que j’imaginais ! Mais les journées ne sont pas extensibles hélas. Un de mes objectifs de dessin pour les temps à venir c’est de travailler le dessin de poissons, les brillances et les effets sont incroyables à reproduire.


Peu d’humain présents, pourtant il y en a beaucoup qui travaillent avec les animaux. Un maréchal ferrant ou un berger, ou encore un éleveur de bisons dans les Alpes pourraient tout à fait correspondre au type de dessin que tu réalises.

Ah l’humain !

C’est le moment où j’avoue en vraie être un peu feignante... je déteste dessiner la peau humaine, c’est extrêmement contraignant, dessiner un visage est une horreur, pour le coup la moindre approximation change du tout au tout le dessin et l’aspect de la personne. C’est aussi sortir de ma zone de confort et une vraie mise en difficulté que je n’ai pas forcément le courage de me faire subir. J’aime pourtant infiniment les visages, je suis très sensible à l’harmonie ou aux imperfections d’un visage, et j’aimerais avoir miraculeusement la facilité pour croquer les visages.

Dans le cas des dessins pour l’ouvrage Gauchos de Georges LENZI, j’ai en effet eu à dessiner des cavaliers et des visages, que dis-je, des gueules ! Ça m’a demandé énormément de travail, ça ne s’est pas fait dans la facilité et j’avoue que mon masochisme a ses limites ! Les dessins sont beaux, avec une vraie unité esthétique et qualitative, et l’exploration de l’univers des Gauchos argentin a été passionnante. Peut-être était-ce un état de grâce artistique finalement.


As-tu des expos en projet ou en cours ?


Rien de concret pour 2019. En 2018 l’organisation d’une expo dans la Sarthe et le livre Gauchos m’ont pris un temps monstrueux, j’ai pris beaucoup de retard et me suis très clairement mise en « zone rouge » en allant jusqu’au malaise en octobre. En 2019 je vais d’abord tacher de rattraper mon retard, dessiner pour moi et voir ce qui se profile.


Y a-t-il un dessin que tu aies fait et que tu as gardé pour toi ? Que représente-t-il ?


Eh bien non pas réellement...

Ma mère a tenu à garder certains dessins, des chevaux. J’ai quelques dessins entassés dans mes tiroirs faute d’avoir été adoptés... hélas vivant en yourte je n’ai que peu de murs et je les consacre en priorité aux œuvres d’autres artistes.

J’aimerais juste réussir à dessiner mes deux ponettes et me les garder avec moi.

Sinon j’ai bien sûr quelques carnets de croquis pas vraiment destinés à partir, mais je reconnais aussi donner très facilement mes « gribouillis », et être toujours épatée de pouvoir faire tant plaisir avec 3 coups de crayon.


Est-il possible de te demander, par exemple de dessiner, un chat ou un chien à partir d’une photo si on est un peu loin de toi ?


Bien sûr et heureusement !

Il suffit de me contacter et de simplement venir en parler !

Pour l’anecdote j’ai des dessins en Serbie, en Angleterre, en Belgique, au Canada, aux États Unis, en Inde et même en Australie.

J’ai rencontré très peu de mes modèles, j’ai récemment été invitée à une journée de chasse lors de laquelle 4 des 5 braques chassant étaient passés sous mes crayons ! Mais c’est une exception.


Combien de gommes uses-tu par an ?


Ahahahahaha. Aucune idée. Je gomme assez peu. J’avais trouvé un lot de gommes dans un magasin de déstockage, et bien il ne descend pas vite. Il faudrait que je fasse des statistiques, nous sommes en janvier je vais peut-être faire ça en 2019...

Si tu devais choisir un seul outil de dessin, quel crayon t’est indispensable ?

Sans hésitation la mine de plomb 8B, la plus grasse et sombre. Quand je fais des croquis rapides c’est souvent juste avec elle. Et pour la petite histoire elle est impossible à gommer !

Après l’autre outil c’est le papier, exclusivement du papier Arches 300gr grain satin, un papier aquarelle très lourd, très beau, parfait pour ma technique de dessin.

Enfin dernier outil indispensable : ma tablette et mon appli TV qui me donne accès à moult séries, films, documentaires... je suis incapable de travailler sans avoir un programme de ce type en fond.


Quelle est la question qu’on ne t’a jamais posée ?


Bizarrement on ne me demande jamais ce que j’aime ou n’aime pas en matière d’art, si j’ai des modèles, des artistes qui m’ont inspirée...

Je suis une dingue de musées, j’ai fait le Louvre, Orsay, Georges Pompidou, le musée Picasso à Antibes, le MOMA de San Francisco, le Prado à Madrid, l’Albertina à Vienne, le Rijkmuseum à Amsterdam, plusieurs expos et musées à Rome, Venise... c’est une vraie nourriture culturelle et esthétique que mon emploi dans le tourisme me permet en me promenant à travers le monde. Voir en vrai Le radeau de la Méduse, certains Caravage ou les œuvres du Greco dans sa ville à Tolède, c’est toujours de bouleversantes rencontres pour moi. Ça doit être cela le syndrome de Stendhal.

J’aime aussi infiniment l’art forain, l’art religieux que j’ai étudié des années à l’université, les cabinets de curiosité, le tatouage et l’incroyable talent de certains artistes pour reproduire des images, des effets sur la peau avec juste une aiguille et de l’encre...

Suivez le travail d’Hélène Préveraud sur Facebook, on vous donne le lien, et c’est ici !

Dessin réalisé par Hélène Préveraud

Merci Hélène de nous avoir accordé un peu de ton précieux temps pour répondre à ces quelques questions. C'est un vrai plaisir d'échanger avec toi.

NDLR : On me dit dans l'oreillette qu'il reste quelques exemplaires de Gauchos disponibles à la vente. Renseignez vous auprès d'Hélène Préveraud.





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